La transat 2017 2018

Île des Embiez (Var) St-François (Guadeloupe)

10/07/2017 Ile des Embiez.
Un rêve vieux de 41 ans est sur le point de se réaliser. Les doutes et les appréhensions ont totalement disparues ; Je sais que je ne veux plus, tous les matins, me lever en ayant le sentiment creuser lentement mais surement ma propre tombe tout en attendant impatiemment le soir pour m’abrutir devant la télévision en espérant que le sommeil me gagne rapidement pour pouvoir enfin rêver : Vivre !
Etonnamment bien que je sois sur le point de tourner une page, de balayer un certain confort et une certaine sécurité je ne me sens pas différent. Je reste très pragmatique ; Je pèse le pour et le contre, je calcule les coûts, j’évalue le nombre d'heures de main-d’œuvre, je négocie avec le vendeur menteur et pas du tout sympathique. Ce bateau ne correspond pas, et de loin, au descriptif très flatteur de l’annonce et au baratin télèphonique du vendeur, mais il est dans l’esprit de ce que je recherche. De plus, si je veux partir cet hiver, je crains fort de ne pas trouver un autre bateau dans mon budget et avoir le temps de le préparer pour la saison des Alizés. Face à mes poings et mes dents serrées le vendeur inquiet de l’avenir de son intégrité physique bredouille un prix considérablement revu à la baisse. Il me faut me décider, et vite !
Je mets donc mon cerveau sur pause et… il est maintenant à moi !
Il s’agit d’un FIRST41s5 de 1993, version 2 cabines. Il s'agit d'un course-croisière rapide et son intérieur ergonomique et chaleureux imaginé par Philippe Starck est en bon état. C’est bien une des rare chose en bon état sur ce soit-disant bateau refité, comme neuf et super-équipé.
Son petit nom « PASSION » ne me plait pas ; Je le débaptise donc. Il s’appellera dorénavant L’Oiseau Bleu !
L’oiseau Bleu en mémoire de L'Oiseau Blanc de Nungesser et Coli qui aurait été le premier avion à réussir la traversée de l’Atlantique. L’aviation était un rêve d’enfance et celui-là est assouvi, depuis longtemps, déjà.
L’oiseau Bleu est aussi le nom donné à la palombe ; Oiseau voyageur par excellence.

16/07/2017
Ma 1ère transat, que j’avais prévue de faire en solo, se fera finalement en duo mais je serais seul pour faire « marcher » L’Oiseau Bleu. Mon équipière, quant à elle, s’occupera de l’intérieur et de me nourrir, se réservant toutefois la possibilité de rejoindre notre destination, La Guadeloupe, par le 1er avion, si ça ne va pas ! Ça, c’est dit…

07/08/2017 Ile des Embiez.
Au boulot !
Le bateau a été mis à terre comme convenu. Bon....... Il y a du boulot là-dessous mais c’est sans surprise ; Je m’en doutais…
Grattage, ponçage et enduit sur toute la quille, remplacer toutes les vannes et passes coque. Et pour finir tout beau tout lisse, ce sera l'antifooling.
Le safran a du jeu : Commande de bagues neuves.
Mais pour commencer je vais visiter et trier les coffres. En fait, j’y passe 3 jours et je remplis 2 gros containers poubelles de vieilleries. Des filtres à huile…. usagés (!!!), des outils rouillés ou cassés, des ampoules 220 V (???), des gilets de sauvetage moisis et plus homologués depuis au moins 10 ans, des vestes de quart 1èr prix déchirées et moisies, une survie plus homologuée, une toile de bimini en lambeau, etc… Mon équipière m’a rejoint pour quelques jours et son coup de main est bienvenue.
La Grand’Voile présente à bord est en fin de vie… Je craque et commande via le site North une GV 3DI full batten avec seulement 2 ris (2 possibilités de réduction de la surface). Pour mon utilisation et mon programme ça suffit, pas la peine de rajouter du poids, dans les hauts de surcroit. C’est North La Rochelle qui me fait le devis.

13/08/2017 Ile des Embiez.
Grattage et ponçage sont les 2 mamelles de la glisse !! Mais qu'est-ce qu'elles font mal aux épaules, ces mamelles-là.... 4 jours que je gratte et ponce par 30° au petit matin et 38° à l’ombre l’après-midi. Et c’est loin d’être fini !

22/08/2017 Ile des Embiez.
Ça, c'est fait !!!!!
Décapage de l'enduit de la quille : au marteau-burin ; ponçage ; acide phosphorique ; enduit Epoxy à la spatule crantée ; ponçage ; re acide ; 4 couches d’Epoxy ; ponçage léger.
La carène : au grattoir et à la ponceuse excentrique ; masticage des petites imperfections, Ponçage et.... 2 couches d'antifooling additionné de Téflon.
Fraisage pour encastrer tous les passes coques en composite neufs et fluch pour une meilleure glisse ; vannes neuves, en composite aussi, bien sûr.
Bordés passés à l'acide oxalique ; éponge magique et poudre légèrement abrasive. Et pour finir la pose des autocollants !
14 jours et 10h/jr de boulot ; J'ai les bras, la nuque et les épaules en compote !
Je m’attaque à l’électricité, maintenant. Après avoir exploré et tenté de démêler la forêt de fils, dont certains ne mènent à aucun appareil, et de dominos plus ou moins rouillés, ma décision est prise : pas de ½ mesure j’arrache quasiment tout et je refais ça au propre et tout en cosses soudées et gaine thermorétractable.
L’éolienne présente à bord est HS. Allez hop, à la benne !

13/09/2017 Ile des Embiez.
De retour après quelques jours à Bordeaux et Au Cap Ferret, pour régler mes dernières affaires : Liquider l’entreprise, vider mon logement et rendre les clés... Je suis officiellement SDF mais ça y est : Ce bateau va enfin retrouver l’élément liquide !
La grue le soulève, je démonte et remplace les bagues de safran et à l’eau !
Le Mistral souffle assez fort, je suis seul et je ne sais pas du tout comment il va réagir. Je suis donc un peu (beaucoup) tendu pour m’amarrer cul au ponton. La manœuvre n’est pas top mais très sécure : Je suis perpendiculaire au ponton à une vingtaine de mètre de la place qui m’est attribuée et je me laisse doucement dériver par le mistral que je reçois sur mon 1/3 avant tout en contrôlant par de petites touches de gaz en marche avant. L’équipage du voilier contre lequel je vais finir ma dérive est sur le pont et stress un peu, apparemment. Moi, je suis zen, tout se passe comme prévu... Je viens doucement m’appuyer contre eux et leur tend une amarre que j’avais frappée sur un taquet du milieu en leur demandant de la frapper sur leur taquet avant. Simple, non ? Ben, pas pour eux ! Ils ne savent que faire de l’amarre, la laissent tomber à l’eau et…. la poupe cogne sèchement le ponton en ciment, Grrrr…..
Le moteur pisse l’huile, l’eau de mer, le liquide de refroidissement et le gasoil, sans surprise non plus tout ça. On verra plus tard !
La réfection de l'installation électrique est presque finie ; La prè-installation de l’électronique est en cours ; le panneau solaire arrive en fin de semaine ainsi que le pilote automatique, l’anémo-girouette, le loch-speedo et la VHF.
Ce soir je ne dors plus dans un mobil-home tchanqué (*Sur pilotis, en patois Gascon) mais dans un bateau !!!!
Reste aussi à faire : Un peu de plomberie et revoir l’accastillage. Tient justement le vis-de-mulet (articulation de la bôme sur le mat) est usé au point de se rompre à tout moment, mais il y a en a un neuf à bord. Ça de moins à acheter !
Par contre, la GV c’est le stress ! Plus possible de joindre le boss de chez North de La Rochelle pour signer le devis et payer l’acompte : Il est en régate en Espagne et en vacances. Donc nouvelle demande via le site web de North et c’est La Guadeloupe qui me répond cette fois-ci mais pour me diriger vers son confrère de Toulon, qui s’avère sympa, compréhensif de mes souhaits et visiblement compétent. Il passe à bord vérifier les mesures. Il me promet ma voile pour la dernière semaine d’octobre et m’indique qu’il a reçu toutes les infos de son collègue de La Rochelle qu’il a réussi à joindre. « Pas de soucis ! »
En fin de compte, je n’ai plus mon chantier naval mais c’est tout comme : Je bosse, je passe des commandes, je gère les problèmes, je stress et donc ne dors que 4 à 5h/nuit par tranches de 45 mn en moyenne, je n’ai pas de jour de congé… Rien n’a changé, sauf une chose : L’argent sort mais plus rien ne rentre.

17/10/2017 Ile des Embiez.
Le paramétrage du PC avec l’AIS, le sondeur, l’anémo-girouette, l’antenne GPS et l’antenne amplifiée WIFI est une vraie galère ! Plug and Play il est marqué sur les boites et les notices ! Mais rien ne veut fonctionner… 2 voisins de ponton informaticien de profession s’arrachent les cheveux sur le problème durant des heures et arrivent enfin à seulement paramétrer l’antenne GPS et l’anémo-girouette. Pour le reste ils jettent l’éponge.
L’échangeur-collecteur d’échappement qui fuyait a été démonté, décapé et resoudé. J’y ai laissé un peu de peau des mains et mis du sang partout pour le démonter, mais c’est fait et sans casser un seul goujon. Ce n’était pas gagné, au départ ! Des joints neufs et je n’ai plus qu’à le remonter. Plus de fuite d’eau et de liquide de refroidissement.
La fuite d’huile du moteur est aussi résolue. Reste la fuite de GO à régler…
3 mois, quasi jour pour jour, que j'ai transmis mon dossier de changement de propriétaire du bateau à l’administration.... et je n'ai toujours pas reçu le document à mon nom.
Dixit les douanes :
- Fin août, c'est la faute au mois d’août.
- Mi-septembre, c’est à cause du retard engendré par le personnel en vacances au mois d’août.
- Fin septembre, c'est la faute de l'informatique qui est en panne.
- Début octobre, c'est à cause des grèves.
- Mi-octobre, le changement de propriétaire a bien été enregistré dans la base informatique et le dossier a été transmis aux Affaires Maritimes. "Désolé, mais c’est parce qu’on manque de personnel". Ben oui, c’est vrai : 1 qui bosse et à chaque fois que je passe, 3 ou 4 dehors avec une tasse à café et une cigarette, et ce quel que soit l’heure. C’est la pause !
Mais en attendant je n'ai toujours pas les papiers car ce sont les Affaires Maritimes qui les délivrent et les Douanes ne savent pas à quel quartier des Af. Mar. mon dossier a été envoyé.... La seule chose qu’ils peuvent me dire c'est : "Pour nous, c’est réglé ; On l'a expédié aux Af. Mar. ; On ne peut plus rien faire, il vous faut attendre" ! Mais les Af. Mar. d'où ? Mystère....

31/10/2017 Ile des Embiez.
Enfin.... J'ai enfin les papiers du bateau à mon nom !!!!! Il aura tout de même fallu 3 mois et un certain harcèlement de ma part.... Vive l'administration !
A force de tripatouiller plus ou moins n’importe quoi et n’importe comment dans le PC, et quelques secondes avant que je m’empare tremblant de rage du marteau comme ultime et définitive solution, tout se met à fonctionner !
Appareillage prévu la semaine prochaine !

06/11/2017 Ile des Embiez.
Ouf, La GV m’est enfin livrée ! Sauf qu’au lieu de 2 petits ris tel que je les avais demandés j’ai un grand 1er ris et un 2ème ris correspondant…. à un 3ème ! Grrrr….
Je la refuse ? J’ai déjà versé 50%, je n’ai pas de bon de commande précisant ce point là et j’appareille dans quelques jours. Donc : Dans le cul… Lulu ! Le ris 2 me sera utile pour passer Le Horn… sauf que je n’ai pas prévu d’y aller ! Pour les régates Antillaises ça ne va pas être l’idéal… Les bourdes de North (ce n’est pas la 1ère) j’en ai soupé, surtout à près de 7 000 € la voile. Stop et fin avec North dans l’avenir, donc ! (Des malfaçons sont, de plus, apparues par la suite avec cette voile).
Ma voiture est vendue. 40 ans que j’ai toujours eu un moyen de locomotion me permettant d’envisager aller où bon me semble ; Que ce soit une voiture et/ou une moto. Ne plus avoir de TV, de box Internet, de canapé, de machine à laver, de logement me laisse de marbre. Fermer l’entreprise que j’avais laborieusement crée et fait évoluer durant 11 ans avec rien au départ n’a en fin de compte était qu’un bref mauvais moment à passer. Mais ne plus avoir de véhicule me perturbe. Là, je me sens perdu, vulnérable, prisonnier.
J’ai le sentiment d’avoir tout perdu alors que je suis sur le point de gagner mon rêve. Je ne me comprends pas…

08/11/2017 La Ciotat
Au revoir Mimi & Steph et leur Maramu.. A un de ces jours, on espère...
Premiers bords de L'Oiseau Bleu et escale technique à La Ciotat pour résoudre la fuite de GO à la pompe à injection et trouver la ferrure du hale bas de bôme qui est à remplacer. Si je suis aussi mécano, je ne suis pas dieseliste. J’ai la pochette de joint complète de la pompe mais je n’ose pas me lancer. Je connais, mais en théorie, seulement… Tant pis, je vais payer un dieseliste pro. pour le faire. Ce sera plus rapide que si je me loupe et me retrouve avec un tas de ressorts et de rondelles de calage dans les mains sans savoir bien les repositionner.

10/11/2017 Marseille
Escale au Vieux Port à Marseille car, à La Ciotat, aucun dieseliste n’était dispo. avant 3 mois et impossible de trouver une ferrure de hale-bas de bôme Sparcraft Performance.
Le mistral souffle fort et les prévisions météo ne sont pas bonnes pour les jours à venir. On en profite donc pour un peu "se lâcher" dans les bars et restos du quartier. Sympa le quartier du Vieux Port !
Un dieseliste à pris les choses en main et on attend son retour avec la pompe révisée et les joints changés.
J’ai trouvé la ferrure de hale-bas ! Reste plus qu’à dériveter les morceaux de l’ancienne, le vis de mulet et tout re-riveter. J’ai tout ce qu’il faut à bord, pour cela.

13/11/2017 Marseille
Mistral à 45 nds en rafale, le clapot qui rentre dans le Vieux Port tape très violemment sous la jupe de L’Oiseau Bleu le faisant trembler désagréablement et prendre parfois jusqu'à 15° de gîte. A 2 h. du mat. une amarre de 14 mm neuve s'est rompue nous plaquant contre notre voisin Romain et son "petit" First 30. Le 220 V disjoncte en permanence sur le ponton ; plus de chauffage à bord, il fait froid et humide. L’autre bateau voisin a arraché le taquet du ponton et est venu se plaquer sur nous. Notre nouvelle amarre de 14 mm, neuve aussi, en fait les frais. Nuit mouvementée !

15/10/2017 Marseille
La pompe à injection est remontée depuis hier au soir.
Le moteur ne tourne pas très "rond" au ralenti, tremble beaucoup et fume noir mais n'a plus aucune fuite. Hummm.... Aurait-il un problème bien plus grave que je le pensais ? Pas le choix ; on verra....(*)
Les 1ères lueurs de l’aube teintent de bleu le noir de la nuit et comme prévu, le Mistral commence à bien faiblir alors : Bye bye Marseille ! Bye, bye Romain et merci pour la petite vidéo ! Bye, bye Khaldi !
Génois déroulé, grand’voile à 1 ris et s’est partit : Cap sur Majorque, Aux Baléares.
Un peu présomptueux de ma part de mettre autant de toile sur ce bateau que je ne connais pas. La mer est encore formée et le mistral bien qu’ayant faibli est toujours bien présent. L’Oiseau Bleu accélère à 16 nds sur une vague. Je me cramponne mais rien ne se passe ; Il file bien droit rattraper la vague de devant et y planter son étrave. Mon équipière me sermonne : « Tu n’es pas en course, là ! » Elle a raison. Il est bien plus vif et réactif que je ne le pensais ce bateau. Il n’est pas tout à fait au point, je ne le connais pas et on a une longue route à faire ; Je réduis drastiquement la toile, donc !

(*) Je me suis aperçu plus tard, qu'en fait le grand spécialiste professionnel avait non seulement remonté la courroie de distribution - qui entraîne aussi la pompe à injection - à l'envers mais, de plus, décalée la pompe d'une dent ! Grrrrrrr....)

16/11/2017 Majorque
Majorque en vue dans le soleil couchant et cap sur le port de Soller !
242 milles en 41h. au portant (vent venant de l’arrière) avec 11 à 15 nds de vent dont pétole durant les dernières 12 h. Grrrrrrr… : 12h de moteur à 4 nds.
Il est 23 h, l’entrée de Soller ne m’inspire pas confiance, je préfère attendre le jour pour y entrer.
Le jour se lève et je ne regrette pas d’avoir attendu : L’entrée entre les falaises est étroite et le balisage est à terre à plus de 20 m. du chenal.

20/11/2017 Formentera
Bye bye Soller ! Escale et île très sympa. mais port hors de prix pour des prestations… minables : accueil du personnel du port désagréable, sanitaires en ruine et d’une saleté sans nom.
Cap sur Formentera en short et T-shirt, mer plate à 19°. Au bon plein à 80° du vent avec génois léger Mylar et GV haute. Vent réel à 3,5 nds et speedo calé à 4,2-4,3 nds. Cool !
Pas mal de feux de bateaux aperçus de visu et sur l’AIS, durant la nuit ; dur de dormir plus de 15 mm dans ces conditions. Vers 2h du matin un feu vert droit devant mais rien sur l’AIS. Un feu vert uniquement… c’est donc un voilier que j’imagine voir de ¾ avant et lui doit donc voir mon feu rouge. Je suis bâbord amure et lui, tribord amure vu la direction du vent. Il est donc prioritaire. Mais il est loin… 10-15 minutes plus tard rien n’a changé je vois toujours son feu vert devant moi alors qu’il aurait dû me passer devant et que je devrais maintenant voir son feu blanc de poupe. Je ne comprends pas ! Qu’est-ce qu’il fout ce "con" ? Il est peut encore plus loin que je ne le pensais… Ce doit être un gros… Mais non, merde ! Le feu vert se reflète dans l’eau ! Virement de bord en catastrophe et le feu vert passe à quelques mètres. C’était une perche de filet de pêcheur avec un feu vert ! Grrrrr…


21/11/2017 Formentera
Arrivée à Formentera vers midi. Plus de vent en approche : les 4 dernières heures au moteur.

 

22/11/2017 Formentera
Bon… on a loué un scooter et fait le tour de l’île. C’est beau, sans être renversant. L’île est quasi déserte en cette saison. Tous les commerces, ou presque, sont fermés mais la marina est hors de prix, malgré tout. Donc, on abrège et appareillage pour Carthagène, cette nuit vers 3h. afin d’espérer arriver 2 jours plus tard au matin à Carthagène.

24/11/2017 Carthagène
Du près et encore du près dans une mer calme et peu de vent, mais Carthagène est en vue !!
Allez, risée Perkins au lever du jour pour éviter de tirer des bords durant 3 ou 4 h. dans ce vent évanescent et tournant du dévent de la côte et on mangera des tapas en terrasse d’une bodéga à midi !

27/11/2017 Carthagène
Il nous faut quitter Carthagène à regret. Plein de choses à faire, à voir encore… On serait volontiers resté quelques jours de plus mais les vents sont favorables pour rallier Gibraltar, ce qui ne sera plus le cas ensuite durant plusieurs jours… et nos finances ne sont pas extensibles.

29/11/2017 Gibraltar
C'est "chaud" l'approche de Gibraltar, de nuit de surcroît ! D'immenses cargos et des pétroliers dans tous les sens qui engloutissent des tonnes de fuel et recrachent des panaches de fumée de leur énorme cheminée. L’air est chargé d’une espèce de brouillard sombre à l’odeur âcre.... Il faut bien approvisionner la société de consommation !
Pour nous mettre du baume au cœur les dauphins nous escortent et sautent en tous sens, c’est hypnotisant.
Arrivée dans la rade de Gibraltar... de nuit sous quelques gouttes de pluie… Normal…. Même aux portes de l’Afrique, c’est L’Angleterre !
4 h du mat. On passe les digues et L’Oiseau Bleu pointe son étrave à l’entrée de la marina Queensway Quay mais un "je ne sais quoi" me rend méfiant et me fait réduire la vitesse à moins de 1 nds. Tentative de contact par VHF. Rien, pas de réponse. Vu l’heure, rien d’anormal. Soudain, à quelques mètres devant l’étrave il me semble discerner quelque chose à la surface de l’eau. Un cordage ? NON ! Une grosse chaine barre l’entrée de la marina !!! Marche arrière toute !
Un quai en béton totalement libre de tous bateaux est muni d’anneaux d’amarrages et d’échelles juste à côté de l’entrée de la marina. On s’amarre là et on verra… Dodo !
7 h du mat. Quelqu’un vocifère au-dessus de nous dans la langue de Shakespeare. En tenue d’Adam et les yeux bien collés je sors la tête par le panneau de descente et ne comprend rien de ce qu’il hurle. Il ne semble pas content le monsieur !
"Wait a minute, please" sont les seuls mots que j’arrive à articuler avec mon accent de vache espagnole avant de disparaitre pour un peu m’habiller et réveiller mon équipière qui, elle, parle assez bien anglais. Elle-même, bien qu’encore blottie dans les bras de Morphée, me traduit : "On n’a pas le droit d’être là. On doit partir quickly car il attend un gros bateau" (Bateau qu’on n’a jamais vu arriver, par la suite).
Sympa l’accueil à Gibraltar !!!
Le jour se lève, en route donc pour la marina de Gibraltar suivante : Marina Bay.
Mais où est donc cette marina ? On est fatigué, on n’a pas de carte, seulement des cartes à grande échelle chargées dans le PC du bord et un guide de navigation qui a plus de 10 ans. De nombreux éléments que l’on voit ne semblent pas correspondre à nos cartes et à notre guide.
Que fait donc cette grande digue devant nous ? Elle n’est indiquée nulle part ; Ni sur le guide, ni sur les cartes ! Tant pis on fait confiance au GPS et on y va. On longe la digue, qui est en fin de compte la piste de l’aéroport qui s’avère avoir été rallongée depuis peu. On avance donc à petite vitesse et, enfin, on aperçoit des mâts bien rangés. Ouf.
Contact VHF : " Sailing boat L’Oiseau Bleu, have you a place for… (taille (en pieds), tirant d’eau (en pieds), etc..). I’m French, speak slowly, please”. S’en suit une réponse débitée à toute vitesse qui nous laisse dubitatif mais on comprend que c’est bon… mais où ? Quel ponton ? Quelle place ? Là, on n’a pas compris la même chose ; ce qui n’améliore pas notre sérénité : Il a dit right, ok ! Mais right au 1èr ponton ou au 2ème ? Mais c’est right avant ou après le 1er ou le 2ème ? Ensuite ? C’est right ou left ? On ne sait pas. On s’emmêle les pinceaux… anglais. On entre donc dans la marina, toujours à très petite vitesse et quelqu’un nous fait signe pour nous indiquer le ponton et ensuite la place. Deux préposés nous aident à nous amarrer… "Thank you very much" et dodo, pour de bon, cette fois !
Les formalités ? On fera ça plus tard !
Et Gibraltar dans tout ça ? Ben… c’est Anglais : On parle anglais, on mange anglais, les magasins proposent des produits anglais… On ne va donc pas dépenser beaucoup d’argent, ici, à part pour la bière !
L’avitaillement pour la transat ? On fera ça Aux Canaries ! Seulement un panneau solaire de 50 W acheté en promo et un petit poste radio à pile qui, par la suite a très peu servi car il a, un jour de méchantes vagues, décidé de voler de l’équipet bâbord à l’équipé tribord du carré mais sans savoir maitriser l’atterrissage ; Bien évidemment il y a laissé des plumes : Son antenne ! Mais ceci est une autre histoire, une autre navigation…
Le tour et l’ascension du rocher, à pied, est une belle ballade qui tire un peu dans les jambes, à la fin : L’Histoire, la vue et bien sûr, les singes !

09/12/2017 Gibraltar-Lanzarote
Mais qu’ai-je donc fait à Eole ?
Les fichiers météo indiquaient une zone de vents très calmes le long de la côte Marocaine. Notre logiciel de routage (QTVLM) confirmait qu’il nous faudrait faire route vers l’Ouest durant la 1ère nuit après avoir passé le détroit puis abattre S-O dans la bascule Nord avant de piquer plein Sud les derniers jours. On devrait ainsi rester dans des vents de 10 à 15 nds et naviguer entre 100 et 160 ° du vent.
Chouette ! Ça va être de la vraie croisière !
Appareillage de Gibraltar à 4h. du mat. On longe la côte Espagnole jusqu’à Tarifa avec 0,5 à 0,8 nds de courant avec nous ; Par contre 16 nds de vent portant alors que la météo prévoyait moins de 5 nds. L’Oiseau Bleu file à 9 nds avec des pointes à 12 sous GV haute et génois lourd tangonné.
Le jour se lève alors qu’on passe devant Tarifa et c’est le moment de mettre cap au S-S-O pour traverser la zone de séparation de trafic ; Et du trafic, il y en a !!! Des cargos, des pétroliers dans le rail mais aussi des bateaux à passagers qui le coupent en biais…. et…. plus un souffle d’air !
Moteur en route et à 5 nds on traverse le rail avec un bon courant qui nous sort de la Méditerranée. Nickel !
Le vent de E-N-E doit revenir. On l’attend... on l’attendra jusqu’au coucher de soleil. Il arrive enfin, à 10 nds comme prévu. GV haute et génois lourd on file donc plein ouest et en quelques secondes le vent monte à 25-27 nds ! Prise d’un ris en urgence et à rouler 2 tours de génois. Heuuu… prise du 2ème ris ! La mer se creuse avec des vagues certes pas très hautes mais croisées et de fréquences différentes. Toute les 2 ou 3 mn on prend donc un violent coup de roulis qui nous catapulte contre les cloisons si on est à l’intérieur. Cuisiner le diner est Rock and Roll, Christelle valdingue à l’intérieur, se cogne partout, râle et veut prendre le 1er avion ! Le vent qui devait basculer progressivement vers le Nord bascule en fait….. à l’Est et on fait route.... vers New York !
Empannage donc, et route au Sud. Je voudrais bien dormir, un peu. Je confie donc la barre à Raymond (notre Pilote auto) réglé en mode vent réel et Christèle assure la veille. A peine déshabillé et pas encore couché l’alarme de changement de vent retentit ! On fait route maintenant à l’Est ! Grrrrrr…..
Je remets donc vêtements, salopette et veste de quart et monte sur le pont de très mauvaise humeur, surtout que Christelle pas habituée à se faire bringuebaler comme ça "péte un peu les plombs".
Entre-temps le vent est revenu dans sa direction précédente. Bon…. Je vais donc dormir dans le cockpit, prêt à intervenir ; Ce qui ne manque pas quelques minutes plus tard. Le vent a rebasculé. Là, tant pis, je décide d’attendre au cas où il revienne. 30 mn plus tard on fait toujours route au S-E, vers la côte sud du Maroc et ce n’est pas bon ça…. On va là où il n'y a pas de vent. Empannage de nouveau donc, et à peine terminé le vent repasse à l’Est et on fait de nouveau route vers... New York !
Ça a été comme ça toute la nuit !
Au matin, la mer c’est bien calmée, le vent aussi. Il est maintenant au Nord à 10-12 nds. Cap donc au S-O en tribord amure avec toute la toile. La mer continue de s’aplatir, comme le vent. En fin d’après-midi on se traine à 4 nds dans 6-7 nds de vent. Allez go ! j’envoie le spi léger !
Alors que je suis encore en train de ranger les bouts L’Oiseau Bleu accélère à 12 nds ! Le vent est maintenant établi à 15-16 nds !
Hummmm….. je garde le spi ou pas ??? A de très courts instants l’anémomètre affiche 17 nds. Après mure réflexion je décide de l’affaler. On n’est pas en course et je manœuvre en solo ; la route est encore longue. Prudence, donc. A peine affalé le vent retombe à 7-8 nds et bascule de 90° !!! Empannage donc et…. 1 à 2 mn plus tard il rebascule de nouveau de 90°. Rebelote ; j’empanne près de vingt fois. J'en ai marre, je suis fatigué !
Dans la matinée le vent tombe à 1,5 nds, l’océan est d’huile. Deux ailerons de requin croisent, dans la plus grande indifférence, notre route à une dizaine de mètre. Moteur en route, on recharge les batteries et dodo.
Le vent revient dans l'après-midi, variable tant en force qu'en direction, comme d'hab.... Je stoppe le moteur et envoie de la toile bien que blasé, dépité et n’ayant plus "la niaque".
Et pour finir, "cerise sur le gâteau" : La dernière journée, au vent de Lanzarote, c’est faites au près serré, très serré (à 29-31° du vent apparent) dans une mer au clapot très court avec un vent variant de 4 à 11 nds et des bascules de 20° d’un bord sur l’autre. Ras le bol... je n’ai pas envie de virer de bord à chaque bascule. Raymond est en mode vent apparent et mode performance et gère plutôt bien... Bon, il ne relance pas et n'anticipe pas, mais tant pis. Je prends malgré tout de temps en temps la barre durant 1/2h... histoire d’arriver avant la nuit à la marina.
Jusqu’à la fin Eole a joué avec mes nerfs !
Enfin soulagé d’arriver en fin d’après-midi à Marina Rubicon (au sud de Lanzarote). Super accueil du personnel, belle marina avec du charme bien que très récente, douche, bières, tapas et…. gros dodo !
Route directe : 615 Mn
Route effectuée : 709 Mn à une minable moyenne de 5,35 nds !

12/12/2017 Lanzarote
Météo défavorable pour appareiller mais on ne se laisse pas abattre pour autant : apéro, tapas et visite de l’île avec une voiture de location.
Lanzarote mérite vraiment qu’on s’y attarde. Une île très propre, des Canariens hospitaliers et chaleureux, des paysages arides, volcaniques de toute beauté, le tout dans une ambiance gastronomique très espagnole : tapas !
Pour l’avitaillement de la transat il n’y a pas beaucoup de choses qui nous font envie dans les conserves proposées. Du déshydraté ? Y a pas ! Des plats cuisinés sous vide ? Y a pas ! De la viande fraiche ? Y a pas ! Sauf des cuisses de poulet translucides. Du fromage ? Y a… mais bof. De la Charcuterie ? Y a… du chorizo ! Des légumes ? Y a ! Mais rares, très rares ! Une pièce indéterminée de bœuf sous vide avec encore plus de 30 jrs de DLC… hummm... on prend, tout de même... On verra au Cap Vert pour compléter !

16/12/2017 Lanzarote
Appareillage pour Sao Vincente (Cap Vert) dans quelques heures après une escale prolongée mais bien sympathique à Lanzarote. Avitaillement pour la transat pas très fourni ; Ça m’inquiète un peu…

21/12/2017 Cap Vert
Arrivée à l'entrée de la baie de Mindelo (Île de Sao Vincente - Cap Vert) vers 22 h. conformément à mes estimations. On avait donc prévu, d’attendre au large que le jour se lève car nous n’avons pas de carte et ce que nous avons lu auparavant sur internet recommandait de ne surtout pas rentrer de nuit dans la baie : Des épaves à fleur d’eau non signalées, des filets de pêcheur, des petits cargos au mouillage sans signalisation et un balisage lumineux rare et souvent en panne.
Après 6 jours de navigation au portant avec 22 à 26 nds de vent et de houles croisées qui nous ont secoués comme des glaçons dans un checker, et quelques mésaventures on en a marre. On veut que ça s’arrête. On veut que le plancher soit horizontal et immobile pendant ne serait-ce que quelques instants. Lanzarote-Cap Vert a été désagréable... Une après-midi en particulier : Des vagues pyramidales de 7-8 m. env. aux crêtes déferlantes se sont parfois formées. C’était impressionnant, mais beau ; Mais impressionnant ! On en a pris toutefois 5 ou 6 qui nous ont totalement couché sur l'eau, cockpit noyé !
Plutôt que de prendre des risques dans le cockpit on a préféré rester à l’intérieur, pour tenter de dormir malgré les énormes "Bang" des vagues qui explosaient contre la coque et tant pis pour la veille.... Stressant...
Point d’amure de génois arraché. J’ai donc dû l’affaler donc car il ne voulait pas se rouler sans son point d’amure et on a poursuivi sous GV seule. L’extrémité de la bôme entrait parfois de près d’un mètre dans l’eau dans les grands coups de roulis. Retenue de bôme cassée à plusieurs reprises mais ce n’était pas bien grave car j’utilisais pour cela du vieux bout (cordage).
Un soir, peu après le coucher de soleil, le moteur tournait depuis une petite heure pour compléter la charge des batteries. Il était l’heure de l’apéro rituel. J’ai donc appuié sur le bouton STOP mais le moteur baisse de régime, hoquette mais ne s’arrête pas. Je renouvelle la tentative : Idem. Il me suffirait d’ôter les marches de la descente pour accéder au Stop manuel mais les marches sont lourdes et encombrantes, on est fortement balloté par la mer, Christelle est juste au pied des marches cramponnée d’une main pour ne pas valdinguer et cramponnant de l’autre les verres d’apéro. Je fais donc une autre tentative en enclenchant la marche arrière et en appuyant sur le bouton STOP. Ca marche ! Le moteur s’arrête.
Dans la foulée j’enjambe le rail d’écoute de GV pour réceptionner les verres d’apéro que me tend Christelle. Je perçois alors un bruit caractéristique que je connais bien et instinctivement je mets une main derrière la tête et tente de m’accroupir et instantanément je suis propulsé tête en avant sur le winch de génois. Je vois déjà ma tête exploser dessus et mon corps basculer par-dessus bord.
Je ne suis pas dans l’eau mais je suis mort, affalé à plat ventre sur l’hiloire de cockpit, la tête au ras de l’eau, les pieds dans le cockpit. Tellement mort que je ne suis pas très surpris en passant ma main sur l’arrière de mon crâne de ne pas sentir la mollesse et la tiédeur de mon cerveau. Je regarde ma main et rien, pas de sang. Je fais pareil sur mon visage et pas de sang non plus. Je suis donc bel et bien mort.
La suite c’est Christelle qui me l’a raconté : « Par la descente j’ai vu tes lunettes (attachées par un cordon) passer comme un éclair et toi les suivre accompagné par un énorme « Bang ». Le temps que je monte dans le cockpit tu étais déjà à la barre, tu remettais le bateau sur le bon cap et tu réglais le pilote. Tu t’es ensuite effondré plus qu’assis dans le cockpit. Tu étais livide, les yeux hagards. Quelques secondes plus tard, tu demandais une cigarette mais tes jambes ne te portaient plus et tu tremblais. »
Mon insistance à vouloir arrêter le moteur avec l’arrêt électrique avait fait disjoncter le pilote automatique sans que je m’en rende compte. L’Oiseau Bleu a alors légèrement changé de cap, la grand’voile recevant le vent de l’autre côté a donc changé de côté toute seule et sans contrôle très violemment (ça s’appelle un empannage) en faisant exposer son bout de retenue. Mon expérience de la régate, où on est souvent à la limite et qu’on dépasse parfois, m’a fait réagir par réflexe de la seule façon possible à ce moment-là, sans quoi, au lieu que ce soit le palan de GV qui heurte le dos de ma main en protection derrière ma tête c’est la lourde bôme en aluminium - très basse sur L’Oiseau Bleu - qui m’aurait défoncé l’arrière du crâne et j’aurais certainement été éjecté du bateau. Je m’en tire avec un dos de la main gonflé comme un ballon de baudruche, et c’est tout !
On entre dans la baie de Mindelo de nuit avec une certaine tension, c’est le moins qu’on puisse dire, et à moins d’1 nœud. Un œil sur le sondeur, un autre sur le faisceau de nos lampes torches et encore un autre (qui nous manque) sur l’écran du PC à la table à carte pour suivre notre progression sur Google Earth. Je monte et descend à la table à carte toute les 2-3mn.
Pas de lune, on discerne les cargos au mouillage, sans feux, plus ou moins rouillés, plus ou moins épaves, au dernier moment mais ça me rassure : S’ils sont là c’est qu’il y a du fond et qu’il n’y a pas d’obstacle à proximité. Je passe donc tout prêt d’eux.
Si le balisage fonctionne on devrait voir un feu vert et un feu rouge qui matérialise l’entrée de la marina. Mais des feux rouges et verts, il y en a partout ! Des dizaines ! C’est bientôt Noël et tous les troncs des palmiers de la baie sont décorés.... de lumières rouges et vertes !!!
Une masse sombre apparait dans le faisceau de la lampe torche à quelques mètres devant notre étrave. C’est l’épave indiquée sur ce que nous avions lu auparavant sur le net. La barre à bâbord toute car l’entrée de la marina ne doit donc plus être très loin et à bâbord. Effectivement on aperçoit des mâts bien alignés, ouf…
1er ponton, il y a une place et un jovial navigateur de retour de bordée dans les bars de Mindelo nous aide à nous amarrer. Merci Christian !
Que des bobos mineurs à L’Oiseau Bleu : Point d'amure du génois arraché, une cosse électrique à resouder (stop moteur) et les axes de pivot de la gazinière cassées à force d’osciller violemment d’un bord sur l’autre à fabriquer avec les moyens du bord.
Demain je ressors donc la caisse à outils...

03/01/2018 Mindelo
On avait prévu d'appareiller le 27 décembre...... puis le 28 puis ensuite le 30. 
Bon.... En fait, on fait le réveillon ici, on se repose le lendemain, on fait l'avitaillement le surlendemain et donc on part le 03 janvier au matin ! Ce coup-ci, c'est ferme et définitif : on part le 03 !!!
Et le 03... on décide d'appareiller... demain !!!!
Brève, trop brève visite de l’île voisine : Santo Antão.
De belles rencontres avec des Capverdiens et avec des navigateurs(trices) sur la même route que nous. Une très bonne ambiance, musique tous les soirs partout et de la bonne humeur bien que la pauvreté soit hélas bien présente.
Dur de quitter le "Petit pays" de Césaria....Christian, Caro, Alain, qu’on reverra surement plus tard Aux Antilles ; Sya, Lola, Julio César,… qu’on ne reverra peut être jamais.

04/01/2018 Mindelo
Appareillage (à la voile, SVP !!!) au matin dans une brume de sable saharien tenace qui ne nous a pas quittés depuis notre arrivée à Mindelo. Tous les cordages de l’Oiseau Bleu sont ocres, les voiles sont ocres, le pont est ocre.
Nous n’avons pas de moyen satellite pour prendre la météo en cours de route mais les prévisions à 3 jours sont assez fiables, ensuite jusqu’à 10 jrs ce n’est plus qu’une tendance… Les 2-3 premiers jours devraient être un peu "musclés" avec un vent de NE soutenu et de la mer formée. Ensuite ça devrait se calmer un peu. Les Alizés ont l’air de s’être bien installés ; c’est la saison.
L’avitaillement à Mindelo s’est avéré, pour le moins, délicat. Peu de choix, si ce n’est en fruit et légumes locaux mais on a un bon stock de pâtes et de riz. On ne part donc pas pour faire des festins quotidiens.
450 l. d’eau dans les réservoirs + 2 jerricans de 25 l. ; 110 litres d’eau minérale en bouteille ; 110 de GO dans le réservoir + 1 jerrican de 25 l. De ce coté là, ça devrait aller car je prévois 15 à 17 jours de navigation avec 1 douche tous les 2 jours et de naviguer…. à la voile ! Mais on ne sait jamais… si le vent tombe… un problème technique…

3ème jour de la transat
Depuis 3 jours le vent de NE de 24 à 27 nds bascule progressivement ENE. Houle assez grosse de 4 à 6 m. et une "petite" houle secondaire de nord qui crée une vague pyramidale déferlante qui, quand on est au mauvais endroit au mauvais moment, nous délivre une grosse baffe et un grand coup de gite, filière supérieure dans l'eau, plats bords rincés, T-shirt ou veste de quart plus ou moins trempée. L'Oiseau Bleu a une bonne stabilité de route et ne dévie pas trop de sa route malgré ça, et surtout, est très vite "recadré" par Raymond, notre pilote automatique. On commence à y être habitué mais on espère fortement que ça ne va pas être comme ça jusqu’au bout.
La nuit vient de tomber des éclairs, au loin, zèbrent le ciel sur notre 1/3 avant. Avec un mat en aluminium culminant à près de 19 mètres au-dessus de l’océan on serait leur seule cible à des milliers de kilomètres. Je n’ai pas envie de tester si la tresse de masse entre le mat et la quille canalisera efficacement la foudre dans l’océan. Empannage et on s’en éloigne cap au S-S-O; Tant pis si ça rallonge un peu la route.
Christelle qui veut tenter de capter une radio ne trouve plus le petit poste acheté à Gibraltar. Elle monte donc dans le cockpit pour me demander où il est :
-    "Je n’y ai pas touché, il est comme toujours, dans l’équipé bâbord !"
-    "S’il y était, je ne te demanderais pas ! "
Hummm…. Je descends donc dans le carré et le trouve…. dans l’équipé tribord mais amputé d’un bout d’antenne ! Il a donc fait, seul, un vol plané de 3,90 m. en survolant la table du carré pour se poser bien droit, bien rangé !
Quelques heures plus tard, surprise par une vague vicieuse, Christelle valdingue aussi de la cuisine à bâbord jusqu’au tableau électrique à tribord ; Elle râle, peste, a un hématome énorme à la hanche et est d’une humeur massacrante.
La veille, la ferrure en Inox de diamètre 12 mm qui relie le pataras (câble qui va de la tête de mât à l’arrière du bateau et qui empêche le mat de partir vers l’avant) à la coque a cédée. Un « Bang » énorme et 1 h. de combat pour immobiliser et sécuriser ce lourd câble de 18 m., ces ferrures et son palan. Faire demi-tour a vite été exclu : Vent de face et au Cap Vert on ne trouvera pas la pièce, il faudra commander et attendre, attendre longtemps… Donc drisse de GV en guise de pataras et toute la traversée se fera sous génois seul, par sécurité.

4ème à 8ème jour
La routine : Je dors par tranche de 1 h.. Nuit et jour allongé dans le cockpit mais ficelé comme un rôti afin de ne pas subir le même sort que le poste de radio. J’y suis bien. Bien mieux qu’à l’intérieur où je n’entends que les bruits de la coque et des cloisons qui travaillent, se déforment, les claquements secs et violents des poulies secouées par l’écoute de génois. Là, dehors, je sens le vent, j’entends l’océan, je ressens l’Oiseau Bleu. Christelle assure la veille de 3h au lever du jour et je peux donc dormir un peu plus longtemps. Assise sur un coussin, les pieds sur les marches de la descente avec seulement la tête qui dépasse du panneau coulissant du roof refermé. C’est son heure, son moment à elle toute seule et elle aime ça. "C’est beau" dit-elle !

2ème moitié de la transat
Vent d'est (du 85° au 92°) de 10 à 16 nds et houle de 2 m., en moyenne, avec encore une petite houle secondaire de nord qui persiste à nous faire rouler de manière fort désagréable. Vent max. sous un grain : 26 nds.
Navigation prudente car le mât, plus très bien tenu depuis la rupture du pataras et l'absence regrettable de bastaques, tremblait parfois violemment quand le génois se dégonflait et se regonflait brutalement. Stressant !
Pour moins stresser j’évite donc de descendre trop plein vent arrière et je sur-borde (tendre) le génois quitte à faire plus de route et moins vite. Dès que L'Oiseau Bleu dépasse régulièrement 7,5 nds, je réduis un peu le génois et la nuit je le roule systématiquement de 2 tours. Parfois, durant la journée j'ai tangonné le génois mais le tangon trop grand pour cela n'était pas non plus la solution idéale. Un tangon plus court aurait été fort appréciable.
Une mauvaise manip. de ma part, une vague à ce moment-là, un coup de roulis et voilà le tangon qui perfore la fenêtre transparente du génois. Grrrr…
Envoyer le spi était exclu dès le départ ! Je suis seul à manœuvrer, je ne veux pas prendre le risque de mettre près de 100m2 de tissu dans la quille et de devoir plonger en plein milieu de l’océan pour le dégager. Sans parler de la perte financière qu’il représenterait.

8ème jour
Nous sommes au milieu de l’Atlantique et nous n’avons vu aucun bateau depuis le départ. Après le repas du soir je fais, comme toujours, un petit somme dans le cockpit, la minuterie du réveil réglée sur 1 h. mais 45 mn plus tard je me réveille et toujours allongé je vois des lumières proches. Mais non je dois rêver… et je referme les yeux pour les rouvrir immédiatement car non, je ne rêve pas, je suis bien réveillé ! C’est un petit cargo faisant route inverse à nous qui nous croise à 200 m. environ. Je tourne la tête et un deuxième de l’autre côté mais bien plus loin. Je descends à la table à carte vérifier, mais rien sur l’écran du PC, pas de signal AIS ! C’est pourtant obligatoire pour tous les navires de commerce et de pêche du monde… et 45 mn plus tôt je n’avais pas vu les feux à l’horizon ? Humm…. Je vais donc régler la minuterie du réveil à 45 mn, dorénavant.

12 ème jour
L'oiseau Bleu file à 7-7,5 nds, la mer est un peu plus calme. Enfin... un peu moins croisée, le vent souffle "gentiment" à 16-17 nds, on a apercu deux baleines, le soleil vient de se coucher et c'est l'heure de l'apéro rituel. Quelques "grignotages" sont sortis en on s'installe, comme tous les soirs (sauf 1) depuis le départ de Marseille, en haut de la descente, dos à dos ; Christelle les pieds à l'intérieur et moi les pieds dans le cockpit sur le seul coussin d'extérieur que l'on a. Un verre de vin blanc et un ti'punch ; devinez qui est pour qui !!
Nuit noire, pas de lune ; un grain assez fort nous tombe alors subitement dessus et c'est : rapatriement de l'apéro en urgence à l'intérieur !
10 mn plus tard le grain est passé et L'oiseau Bleu l'a gentiment salué en accélérant à 9 nds. On ressort donc tout et on reprend où on en était resté. Et puis allez.... un deuxième ! Pas grain, mais apéro !!
Soudain, le génois empanne tout seul et un petit bip bip bip se fait entendre.... (????) Qu'es ce que fout donc Raymond ???
Son cadran de contrôle affiche 3 traits et clignote (!?!?) Je reprends la barre et remet L'Oiseau Bleu sur le bon cap mais Raymond refuse de bosser.... grrrr... Une mutinerie ? Non, pas de ça avec moi, pas maintenant !
Il fait nuit noire, je ne vois pas la girouette de tête de mat, l'aiguille de l'anémo-girouette est comme folle et indique n'importe quoi, le speedo m'indique 99 nds et tout à coup... 2 traits puis 10, 45, 4,... nds puis de nouveau 2 traits. La vitre du compas (la boussole) est tellement dépolie que je ne vois rien ou presque du cap qu'il affiche (j'avais fait l'impasse sur son remplacement ; because €€€). Petites minutes de stress et de grande solitude avant de pouvoir trouver des repères (étoiles et vagues) pour rester à peu près sur le bon angle du vent. Christelle a giclé dans le cockpit avec des yeux ronds comme des billes et me demande : "qu'es-ce que je peux faire, qu'es-ce que je peux faire ?" Ben... je ne sais déjà pas ce que moi-même je vais faire....
Barrer non-stop durant 4 jrs m'est impossible et Christelle ne sait pas... alors par nuit noire, sans repère ? Pour apprendre, ce n'est même pas envisageable !
Barrer 2h, mettre à la cape (arrêter le bateau) pour me reposer durant 1 h ou 2 et barrer de nouveau ? Ça va être galère et on n’est pas arrivé avant 8 jrs, pour le coup !
Bon... je me calme... il faut réfléchir... Premièrement mettre L'Oiseau Bleu à la cape (génois du mauvais côté et barre bloquée au vent pour l’immobiliser), ensuite couper les disjoncteurs de Raymond et ré-enclencher : Rien, c'est pareil ! Vérifier le fusible du calculateur : Il est OK. Le disjoncteur du vérin, aussi. Suivre les fils pour vérifier si un ne s'est pas débranché. Je suis plus que sceptique car les prises se verrouillent par quart de tour mais bon.... Au passage je débranche et rebranche en commençant par le calculateur, le PC du bord car ils sont reliés et pour finir le cadran de contrôle près de la barre à roue. Héhé, c'est quoi cette eau que j'ai sur les doigts ? Je plonge la tête et la moitié du corps dans le coffre où dépasse la partie arrière du boitier, je souffle sur la prise mâle et femelle et rebranche.
Ça marche ! Raymond revient à la vie, l'anémo-girouette et le speedo, aussi !
Ouf, on peut reprendre une vie normale... et un autre apéro, du coup !
Du Graytape (Genre Scotch) autour du boitier de contrôle et on règlera ça à l'arrivée !
Les estimations de l'heure d'arrivée sont entre 20h et 23 h, heure locale. Je ne veux pas rentrer de nuit dans le lagon de St-François (Guadeloupe) car la passe, que j'ai déjà pratiquée, est étroite, ça déferle sur la barrière de corail toute proche, le chenal sinueux est seulement profond de 2,20 m. en son centre et j’ai une quille qui plonge à 2 m. De plus, l'éclairage des bouées, s'il fonctionne, se confond avec les lumières de la marina.
Il faut donc soit accélérer en hissant un peu de GV, soit ralentir en roulant un peu de génois pour arriver le lendemain, de jour.
Option 2 : On ralentit !

15ème jour
Aperçu 2 baleines, au loin et vu un énorme poisson dans la vague qui nous rattrapait. Il devait mesurer 2 à 2,5 mètres et il nageait à environ un mètre sous la surface. Un espadon ? Un requin ?
Les estimations de l'heure d'arrivée sont entre 20h et 23 h, heure locale. Je ne veux pas rentrer de nuit dans le lagon de St-François (Guadeloupe) car la passe, que j'ai déjà pratiquée, est étroite, ça déferle sur la barrière de corail toute proche, le chenal sinueux est seulement profond de 2,20 m. en son centre et j’ai une quille qui plonge à 2 m. De plus, l'éclairage des bouées, s'il fonctionne, se confond avec les lumières de la marina.
Il faut donc soit accélérer franchement en hissant la grand’voile, soit fortement ralentir en roulant un peu de génois pour arriver le lendemain, de jour. Option 2 : On ralenti !
Ce soir ce sera 1 apéro et demi, uniquement. On n’a plus rien ! Si on n’arrive pas demain on devra donc se déclarer en détresse !!!
On finit le dernier morceau de la pièce de bœuf achetée à Lanzarote et on n’a plus de produits frais excepté 1 sachet de fromage râpé. Il reste 2 boites de conserve, 2 ou 3 sachets de purée déshydratée mais des pâtes et du riz pour 1 semaine.
On a vidé 2 réservoirs d’eau sur les 3 en prenant chacun une brève douche tous les 2 jours jusqu’au 10ème jour. Depuis quelques jours c’est 1 douches/jr et depuis hier c’est 2 douches/jr !
Il nous reste 130 l d'eau dans les reservoirs, 2x20 l. d’eau en jerrican, 14 litres d’eau minérale en bouteille, plus de la moitié du réservoir à GO et 1 bidon de GO de 20 litres !

16ème jour
Au lever du jour La Désirade est en vue et on passe comme prévu entre Marie-Galante et Petite Terre.
St-François approche, se dessine à l’horizon et j’éprouve une sensation trouble : Je suis content d’arriver mais pas pleinement heureux. En fait, je ne veux pas que ce soit une fin. Je n’y pensais pas jusqu’à présent. Une escale ok, mais pas une fin !
Mais ce n’est pas possible. J’appréhende ; Tout va devenir compliqué, de nouveau… le boulot, l’argent, la routine, les questions… repartir ? Quand, comment ?
Le vent a faibli et je pourrais envoyer un peu plus de toile mais pourquoi ? Pour arriver plus vite ? Bof…
Flash back sur mes craintes, sur mes doutes, mes ras-le-bol parfois, sur les lever et coucher de soleil, sur ces crêtes de vagues impressionnantes, sur toutes ces choses importantes… et je repense à Moitessier qui ayant presque fini son tour du monde en solitaire est reparti sans s’arrêter pour un demi autre : "Pour sauver mon âme" écrivit-il, à l’époque, pour se justifier.
Mais là, maintenant, dans l’immédiat, je veux un sol immobile !

 

L’Oiseau Bleu est amarré et c’est dimanche ; les copains voileux, prévenus par SMS dès qu’on a capté du réseau, arrivent, nous congratulent, visitent L’Oiseau Bleu et c’est parti pour l’apéro du midi !
Si le sol de La Guadeloupe tanguait quelque peu en posant pied à terre c’est nous qui tangons fortement quelques heures plus tard ! Une nuit de sommeil de 8 h non-stop en perspective ; Ça fait 16 jours que ça ne nous est pas arrivé et pourtant nous sommes en pleine forme et pas du tout fatigué.

NB :
Les algues sargasses, quasi permanentes depuis le Cap Vert se sont densifiées au cours de la traversée pour former des nappes compactes de plusieurs centaines de m2 sur 10 à 20 cm d’épaisseur. Ces algues coincées dans le bulbe de la quille, dans la chaise d'arbre d'hélice et dans le haut du safran nous ont aussi considérablement ralentis mais avec une route très proche de l'orthodromie (route la plus courte, en distance) on a mis, 16 jrs rien qu’avec le génois, pour une vitesse moy. de 6,3 nds et une vitesse max. enregistrée de 12,6 nds. Frustrant en comparaison de la pointe à 16 nds faite au départ de Marseille. La contrepartie a été une navigation avec moins de stress pour moi, et Christelle réussissait en bonne Bretonne, malgré la mer jusqu’au bout toujours très "chiante", à faire des crêpes, des galettes et des gâteaux excellents pour les papilles... et le moral ! Le plancher de la cambuse a parfois un peu gouté la pâte pas encore cuite mais il n'a jamais dit que c'était bon. L'ingrat !
Pour la pêche c’est zéro pointé ! Soit on allait trop vite et les leurres pas assez plombés rebondissaient sur les crêtes des vagues soit ils pêchaient des algues.

Des croisières authentiques avec skipper au départ de la Guadeloupe.

Pour découvrir la navigation à voile, pour appréhender, en petit comité, la vie à bord d'un voilier tout en découvrant les bases de la navigation.
Une croisière aux Antilles pour découvrir des mouillages paradisiaques, les cultures et histoires locales riches et toutes différentes.
Louer L'Oiseau Bleu et son skipper diplômé (BEES1) est la garantie de profiter pleinement d'une croisière authentique.

Des croisières toniques dans tout l'Arc Antillais et Caraïbes

Pour les navigateurs confirmés L'oiseau Bleu, un First 41s5 parfaitement accastillé et équipé de voiles performantes, vous procurera des sensations de glisse et de vitesse que peu de voiliers de sa catégorie peuvent égaler. Les croisières pour les îles du Nord (Antigua, Barbuda, St-Barth, St-Martin, etc...) ou pour les îles du Sud (La Dominique, La Martinique, Les Grenadines, etc....) pourront donc être rapides et sportives.
Louer L'Oiseau Bleu et son skipper est la garantie de profiter pleinement d'une croisière de perfectionnement tonique.
( Ecole de Croisière )

Nous Suivre